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Sujets concernés par ce dossier : Fantasy, Cinéma

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par araborgne
le 23/01/2005
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Heroic Fantasy et 7ème Art Malgré sa cinégénie évidente, il aura fallu près d’un siècle pour que l’Heroic-fantasy ait droit à son chef-d’œuvre cinématographique. De multiples obstacles, culturels, idéologiques et financiers, ont freiné l’avénement de ce genre riche et visuel, qui éclôt dans toute sa splendeur avec Le Seigneur des Anneaux. Rafik Djoumi



L’Heroic-fantasy est un sous genre du fantastique qui prend pour cadre la société médiévale (seigneurs, chevaliers, paysans) en y faisant cohabiter les superstitions de l’époque (magiciens, dragons, farfadets). Si le récit fondateur du genre « Beowulf », nous vient du Nord, toute la mythologie annexe s’est nourrie de la tradition celtique puis saxonne, avant d’être progressivement christianisée (la légende du Roi Arthur) et enfin étouffée pour son caractère éminemment païen. Parce qu’il symbolisait une époque obscurantiste, ce gigantesque réservoir de contes et de récits de l’Europe féodale a aussi été boudé par la littérature rationnelle et cartésienne de l’après renaissance, et ne dut sa survie qu’à la tradition orale.

Il faudra attendre la révolution industrielle pour qu’un désir de « retour aux sources » se fasse entendre en Europe, plus particulièrement en Allemagne, ou Richard Wagner composera ses chef d’œuvres sur la base de légendes scandinaves et germaniques.

« Les Nibelungen» de Wagner, ancêtres (musicaux) de l’heroic-fantasy.

ALLIANCES DAMNEES

C’est donc tout naturellement en Allemagne que naîtra le premier film marquant l’héroic-fantasy.

Les Niebelungen (1922-24), réalisé par l’incontournable Fritz Lang, va définir durablement les codes visuels hypertrophiés du genre : la beauté et la grace y sont majestueuses, la force herculéenne, la magie puissante, la laideur atroce. On peut penser que l’écrivain Robert E. Howard fut particulièrement sensible a cette démesure lorsque, dix ans plus tard, il créera le personnage de Conan le Cimmérien, qui marquera les esprits de son pays. Aussi on aurait pu penser que la démesure formelle du film de Lang inspirerait également tout un courant en Europe (Cocteau n’y fut pas insensible lorsqu’il réalisa La belle et la bête). Mais le destin en décida autrement et Les Niebelungen fut surtout remarqué par les nationalistes allemands, qui voyaient là un véhicule idéal pour propager leurs idées nauséabondes sur la préposée « race des seigneurs ». Quand Hitler et sa bande prirent le pouvoir en 1933, ils invitèrent aussitôt Fritz Lang à venir servir leur propagande. Le réalisateur préférera l’exil aux Etats-Unis tandis que sa femme, la scénariste Thea Von Harbou, acceptera, elle, la proposition. Et c’est une autre femme, Leni Riefensthal, qui sera la cinéaste officielle du parti nazi. Elle aussi aura recours à l’imagerie médiévale, mais cette fois dans des desseins explicitement politiques. C’est l’époque où Hitler pose en Armure sur un destrier blanc sur un fond de soleil éclatant, l’époque des grands rassemblements de troupes guerrières exaltées par les soliloques de leur chef qui appelle ses « seigneurs » à écraser dans le sang ce qu’il définit comme des sous-hommes.

UN GENRE BANNI…

 

Cinquante millions de morts plus tard, l’Europe est devastée. Comme l’on peut s’en douter, l’imagerie spécifique qui a tant servi a la propagande meurtrière est bannie. Durant les années 50, il devient impossible de s’intéresser aux Niebelungen, à Siegfried ou aux guerriers cimmériens sans éveiller de forts soupçons, et la soif de fantaisie héroïque du public sera plutôt rassasiée par les légendes indo-greco-romaines, d’Hercule à Ulysse en passant par Sinbad. Seuls les films ayant vaillamment combattu l’Allemagne nazie (Etats-Unis, Angleterre, URSS) auront le loisir de réinventer l’heroic-fantasy en la débarrassant de ses oripeaux macabres.

En 1959, les Russes produiront Le géant des steppes, réalisé par Alexandre Ptouchko, fresque onéreuse et impressionnante dans laquelle le réalisateur se fait catapulter un beau dragon, quelque 10 600 soldats et pas moins de 11 000 chevaux. (comment ça y'a plus de chevaux :p).

…SAUVE PAR LES HIPPIES

Quelques années auparavant, en 1954, parait discrètement en Angleterre le premier tome du « Seigneur des Anneaux », et la jeunesse anglosaxone, surtout américaine, ne va pas tarder à s’en emparer pour faire sienne cette mythologie, privilégiant le caractère écologique des forces du Bien contre le Mal, ce dernier étant identifié comme industriel. Dans les campus des années 60, Hobbits et Elfes deviennent des idéaux de paix et de communautarisme. C’est donc le flower power, qu’on peut difficilement taxer de sympathies nazies, qui va parvenir à régénérer toute une culture autrefois polluée, et lui redonner des valeurs positives. Le premier film à sentir ce nouveau courant et à l’utiliser sera Le seigneur de la guerre (1965) de Franklin J. Schaffner, dans lequel un Charlton Heston complètement allumé kidnappe la jeune vierge d’une communauté païenne et tente d’exercer son droit de cuissage seigneurial (encore des histoire de fesses) tandis que sa tour est prise d’assaut. La ‘‘fantasy’’ n’est pas encore au rendez-vous, mais le réalisateur multiplie les clins d’œil à une certaine iconographie typique (lumière rasante en forêt, chevalier se battant seul contre une horde barbare, etc).

Le Seigneur de Guerre

La demande publique commence à se manifester, mais l’heroic-fantasy et ses univers imaginaires réclament de trop gros moyens pour que les producteurs s’y risquent. C’est à travers un art plus économique, l’illustration, que le genre acquerra sa nouvelle noblesse. Dans le sillage de Frank Frazetta, illustrateur des pochettes de Conan, vont se déployer Boris Vallejo, Richard Corben, Rodney Matthews puis plus tard Alan Lee, John Howe, Brian Froud, et tant d’autres. C’est également l’époque où explose un concept de jeu que l’on ne tardera pas a nomer « Donjons et Dragons », lequel servira à cimenter la communauté heroic-fantasy dans les décennies à venir.

SEPT ANS DE GAMELLES

L’incroyable cinégénie des toiles, des couvertures de livres ou de pochette de jeux de rôles où prédominent la beauté du mouvement et la puissance du trait, va titiller les cinéastes. Ainsi, John Boorman livrera en 1981 son très beau Excalibur, véritable fresque vivante. Mais curieusement, le statut très "auteur" du réalisateur fera que son film sera longtemps considéré comme tout sauf de l’HF (et pourtant!). Le premier à se lancer ouvertement dans ce genre est le cartooniste Ralph Bakshi, qui va passer de la contestation sociale (Fritz the cat) à l’HF la plus débridée. Après Wizard, essai plutot naif de 1977, il va, l’année suivante, se lancer dans un pari impossible et tentera d’adapter les deux volumes du Seigneur des anneaux en un seul dessin animé. Malgré toute sa bonne volonté, le résultat est dramatique, à la fois techniquement (par manque de moyens) scénaristiquement et graphiquement parlant. Le film sera un terrible échec (à la même époque, « Bilbo le Hobbit » est adapté plus prudemment à la TV), mais Ralph Bakshi continuera néanmoins dans cette voie avec Tygra, la glace et le feu (1983), plus réussi mais souffrant encore et toujours de manque d’argent.

Pourtant cette époque voit triompher la Guerre des étoiles, mélange astucieux de Tolkien, des Niebelungen et de Flash Gordon, et les producteurs hollywoodiens envisagent conjointement la nouvelle SF et l’HF. La SF en sortira gagnante, grâce aux talents manifestes de certains cinéastes (Spielberg, Scott, Cameron), là où l’Heroic-Fantasy connaitra les pires déconvenues.

GRANDEUR ET DECADENCE

Le genre souffre d’abord de l’opportunisme déplacé de producteurs qui n’y comprennent rien, comme en témoigne le très onéreux Krull (1983) de Peter Yates, patchwork archi-débile de dragons, de rayons lasers et de clones d’Errol Flynn (et toutefois une musique sublime, c’est toujours ça).

Krull

                                                                 Grandeur…décadence.

Ailleurs, le genre souffrira également d’erreurs marketing, comme ce fut le cas du Dragon du lac de feu (1982) de Matthew Robbins, respectueux du genre, bénéficiant d’un soin esthétique réel et d’effets spéciaux hallucinants pour l’époque. Hélas, il fut vendu sous le label Walt Disney et considéré a tort comme une œuvre familiale, alors qu’on y voyait des curés brulés vifs, des princesses dévorées par des bébés dragons gluants et une romance franchement bi-sexuelle (à noter que le magnifique dragon du film a récemment servi de modèle à une autre production Disney, Le règne de feu). La même année (1982), le magnifique Dark Crystal de Jim Henson paiera le prix de son hésitation thématique, trop sage pour un public ado, trop abscons pour les tout-petits.

 Dark Cristal

Quant à la production la plus ambitieuse de toutes, Conan le Barbare (1982) se plantera comme un troll au box-office. Pourtant, malgrè sa mise en scène trop statique, le film de John Milius bénéficiait d’atouts et d’atours résolument séduisants : un script en béton d’Oliver Stone, une musique génialissime de Basil Poledouris, un design insensé de l’illustrateur Ron Cobb et enfin une véritable dévotion au genre. N’oublions pas de citer le LadyHawke (1985) de Richard Donner, qui manque cruellement d’Elfes et de Gobz, et dans lequel il y a un peu trop de synthétiseurs et de guitares électriques (faut pas déconner!). Enfin, on passera poliment sur Taram et le chaudron magique (1985), dessin animé lancé par le studio Disney alors en pleine déroute financière, pour lequel les animateurs eurent à faire face à des chefaillons qui ne savaient plus ce qu’il voulaient (« Faites-nous quelque chose pour les plus grands, mais quand même pour les tout petits, qui soit effrayants et super mignons, et si possible très cher bien qu’on n'ait pas d’argent »).

Le dernier à se frotter courageusement au genre sera Ridley Scott, qui accouchera dans la souffrance Legend (1985), un film plus "fantasy" que véritablement "heroic", mais dans lequel il déploiera des fastes graphiques comme on n’en avait plus vu depuis les Niebelungen. Las ! L’incommensurable bêtise du studio Universal de l’époque va transformer ce poème visuel en un vidéo-clip flasque, réduisant drastiquement sa durée, pendant que Bryan Adams sera invité à beugler sur la bande-son avec la grâce d’un Gollum fraîchement castré. Suite à ce massacre épouvantable, Ridley Scott arrêtera de faire du cinéma (mais il paraît qu’il continue à faire des films). Le reste du lot sera composé de productions bis ou Z, souvent italiennes, telles que Ator, Dar l’invincible, La reine des barbares, L’épée sauvage, Hawk the slayer, Les nouveaux barbares, les Barbarians et autres bodybuilderies glauques.

Ainsi, en seulement 7 ans, l’Heroic-Fantasy cinématographique aura connu pas moins de dix gamelles au box-office, pas un seul succès, une pléthore de navetons et pas une seule œuvre intégralement satisfaisante, ce qui suffira amplement à condamner le genre pour deux bonnes décennies.

RECLUS

Dans l’attente de jours meilleurs, les amateurs vont se refiler quelques films, qui bien dénués d’éléments fantastiques, s’achèveront en définitive plus proche des nécessités esthétique et narratives du genre. On y trouvera La chair et le sang (1985) de Paul Verhoeven, plus tard rejoint par le Braveheart (1995) de Mel Gibson et, dans la catégorie classique, Les vikings (1958) de Richard Fleischer (Fleischer qui, d’ailleurs, a fossoyé son talent d’autrefois en se compromettant dans l’Heroic-Fantasy du type Conan le destructeur ou Kalidor). Certains se rabattront sur l’animation japonaise (Chroniques de la guerre de Lodoss) ou la fantasy chinoise (Zu, les guerriers de la montagne magique, Green snake, The blade), et tous feront semblant d’ignorer l’existence d’une production de Georges Lucas dénommée Willow (1988), dans lequel des nains dansants se battent contre des dragons patatoïdes avant d’être transformés en cochons. Succès similaire à sa sortie du Cœur de Dragon (1996) et son Philippe Noiret (VF, Sean Connery pour la VO) de dix mètres de haut qui fait des blagues de potache.

Willow

LE MESSIE, ENFIN !

On comprendra mieux alors pourquoi, en 1998, lorsque Peter Jackson annonça son projet d’adaptation de Tolkien à quelques médias incrédules, toute un communauté de fans fut prise de spasmes orgasmiques. Quelque part, elle sentait bien que le Néo-Zélandais possédait la folie et l’acharnement nécessaire pour accomplir cette prophétie; offrir enfin à l’Heroic-fantasy cinématographique le film étalon qu’elle attendait depuis un siècle ! Ci-fait, monseigneur...

     
 
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