La littérature sur les vampires est si riche que faire une liste exhaustive serait trop prétentieux. Je vais donc uniquement vous proposer une critique personnelle (et qui n'engage que mes goûts propres) de mes lectures sur le sujet. Je vais d'abord présenter les livres traitant du mythe, puis ceux qui le mettent en scène, et enfin quelques recueils que j'ai eu l'occasion d'avoir entre les mains.
"Tuer n'est pas un acte ordinaire, dit le vampire. Il ne s'agit pas seulement de se rassasier de sang. C'est faire l'expérience de la vie de quelqu'un d'autre, et souvent c'est sentir, à travers le sang, cette vie qui s'en va." Ann Rice
Vous trouverez ici : des livres sur le vampirisme, des histoires de vampires, quelques receuils d'histoires.
Des livres sur le vampirisme
Sang pour sang, le réveil des vampires, de Jean Marigny
Il est édité dans la collection Découverte Gallimard, et est le plus accessible de tous. C'est lui qui m'a essentiellement servi de source dans le chapitre historique. Il a été réalisé par l'un des plus grand spécialiste en la matière, et est vraiment très complet, bourré d'illustrations, absolument pas hermétique. Tout y est présenté de façon synthétique, et resitue l'aventure de toutes sortes de monstres suceurs de sang au cours de l'histoire de l'humanité. Il ne s'attarde pas sur des détails trop pointus, et si quelqu'un décide de s'intéresser aux vampires sans que ce soit forcément une passion chez lui, c'est vraiment le livre à conseiller. Je ne vois franchement aucun reproche à lui faire, si ce n'est que l'analyse du mythe n'est pas très profonde, mais comme ce n'est pas ce qu'on demande à cette collection...
Le colloque de Cerisy sur les vampires
Tous les ans se tient à Cerisy un colloque sur un sujet ésotérique, et cette année là les vampires en étaient le thème. Jean Marigny, l'auteur du premier livre que je cite, le présidait. Ce livre est beaucoup plus complet que le précédent , car chaque participant anime une conférence sur sa spécialité, et essaye de faire une synthèse de toutes les idées et/ou découvertes du moment. Tout cela est publié dans un compte rendu de colloque qui paraît chez Albin Michel. Ce n'est à conseiller qu'à ceux qui désirent réellement approfondir leur culture en la matière car la plupart des textes ne sont pas spécialement faciles d'accès, et certains essais peuvent être très rébarbatifs si l'on est pas un passionné. Bref, comme beaucoup de spécialistes nous apprennent beaucoup de choses c'est passionnant, mais essentiel pour tout le monde.
Dracula, du mythe au réel, de Clive Leatherdale
Un excellent livre sur le roman de Bram Stocker et son auteur. Même si la préface de Jacques Finné déborde de suffisance, et que parfois Leatherdale en fait un peu beaucoup sur la frayeur que peut causer Dracula (du moins à notre époque), le livre m'a énormément plu, et certains chapitres sont de véritables régals. Méfiance tout de même, l'auteur part parfois dans des délires aux frontières de l'irréel vampirique. Mais bon, moi ça me plaît. Juste un conseil, si vous désirez l'acheter, faites bien attention, il manquait des pages au mien (il passait de la page 32 à la 67) mais il suffit de l'envoyer à l'éditeur (Dervy) qui le change sans histoires. Conseillé pour les passionnés.
Le vampirisme, de Pérel Wilgowicz
Ce livre ne m'a absolument pas passionné, et j'aurai beaucoup de mal à en faire une critique car je n'ai pas réussi à le finir. Le titre est très accrocheur, et le résumé de derrière annonce que l'auteur est un psychiatre qui au travers de certains de ses patients et de leurs symptômes se propose d'analyser le mythe du vampire. Mais le début est d'un tel rébarbatif que j'ai très rapidement lâché l'affaire : il n'y a que des comptes rendus de séances, décrites dans un style pseudo-literraturo-scientifique. Les titres des chapitres suivants semblent plus alléchants, mais il me reste à le lire pour pouvoir faire un article sincère. C'est édité chez Césura Lyon Édition, et je vous en reparlerai complètement plus tard.
La bibliographie de Dracula, de Jacques Finné (1986)
C'est un livre paru chez Lausanne, l'Age d'Homme, dans lequel l'auteur délivre une quantité impressionnante d'informations historiques et littéraire dans sa première partie et dans une deuxième partie délivre une bibliographie de tous les textes traitant de vampires ayant paru depuis la nuit des temps. Tout y passe : les pulps, les romans, les nouvelles, les anthologies... et ce de pratiquement toutes les langues. Ce livre est aussi bourré de renseignements sur les loups-garous, les stryges et plein d'autres cousins des vampires. Il est écrit avec beaucoup d'humour et c'est un régal à lire. Il lui arrive souvent de donner son interprétation personnelle des faits marquants du vampirisme, et de faire une critique acide des textes qui en sont issus. Un seul problème : son âge. Je n'ai pas réussi à me le procurer en librairie et j'ai du le consulter en bibliothèque. Mais si vous avez l'occasion de l'acheter, n'hésitez pas une seule seconde.
Sinon vous trouverez dans la plupart des romans ou recueils d'histoires de vampires des préfaces et/ou postfaces parlant du sujet et plus ou moins bien faites. Quelques unes en vrac :
Titre
Éditeur
Résumé
Dracula
Pocket
La préface et la post-face sont de Claude Aziza, et sont intéressantes quoique courtes. L'intérêt réside surtout dans la bibliographie qui est très complète.
Les cents ans de Dracula
Librio
Aucun intérêt, que du blabla, par Barbara Sadoul.
Vampires, anthologie
Christian de Bartillat
Légère préface de Francis Lacassin, pleine de références historiques, mais sans grand intérêt, par contre un index d'auteurs en postface peu passionnante pour un connaisseur, mais utile pour les autres.
Dernières nouvelles de Dracula
Pocket
Écrite par Léonard Wolf pour le centenaire de Dracula, la préface est plus tournée vers la littérature et le cinéma (sur le thème des vampires), et n'apprend rien d'inédit, mais est bien écrite.
Des histoires de vampires
Dracula, de Bram Stoker (1897)
Je n'ai pas la prétention de faire la critique d'un tel livre. D'autres l'ont fait avant moi et avec beaucoup plus de talent que je n'en aurai jamais. A ceux qui tiennent à tout prix à en avoir un commentaire, je conseille le livre de Clive Leatherdale qui est entièrement consacré à ça. Pour moi, je me contenterai de dire que tant que l'on ne l'a pas lu, on ne connaît rien de la littérature vampirique. En gros il est indispensable, voire plus. C'est lui qui a amené les vampires au degré de notoriété qu'ils connaissent aujourd'hui (grâce notamment à ses adaptations cinématographiques), et c'est par lui que j'ai découvert ma passion. La seule chose qui m'embête un peu est que tous les passionnés de vampires en font un summum de la terreur et que je trouve ça exagéré. De nos jours, ce n'est plus trop effrayant, mais, à mes yeux, c'est une qualité qui permet de prendre du recul par rapport à l'histoire pour l'apprécier.
"Je découvris pourtant une énorme tombe, plus noble que toutes les autres, gigantesque et merveilleuse de proportions. Un seul mot gravé : DRACULA. Telle était donc la demeure de l'empereur des vampires, tel était l'enfer où devaient le rejoindre, dans la suite, ses semblables". Bram Stoker
Chroniques des vampires, d'Ann Rice (1976-97)
Pour moi cette série fut une révélation. Elle comporte cinq tomes : Entretien avec un vampire, Lestat le vampire, La reine des damnés, Le voleur de corps et un autre dont le nom m'échappe. Les trois premiers sont pour moi des chefs-d'oeuvres au même titre que Dracula, par l'image romantique désespérée qu'ils donnent au personnage du vampire. Si vous avez vu le film Entretien avec un vampire, vous risquez d'être assez surpris par les livres car l'adaptation cinématographique a été faite avec beaucoup de liberté. Dans le premier on suit les aventures de Louis qui après avoir été vampirisé par Lestat part à la recherche des siens. Le deuxième ne parle que de Lestat, vampire impie devenu super-star de rock, qui désire dévoiler l'existence des siens au monde. Le troisième amène tous les vampires rencontrés dans les premiers tomes à découvrir leur origine et à la combattre. La beauté de ses livres vient du fait que les vampires, totalement sortis de leur contexte chrétien, sont emprunts d'une humanité dévorante et vivent avec horreur leur condition de morts. Ils sont sans cesse aux prises avec le paradoxe d'adorer la vie qui représente leur éternel manque, et de devoir la voler, tuer, pour survivre. Ils errent sans espoir à la recherche du but de leur présence sur terre, eux images d'un Diable qu'ils n'ont jamais rencontré. Les personnages dégagent une force, une sensualité et un érotisme extraordinaire, et ce sans jamais tomber dans la vulgarité. Ce sont des éternels révoltés dont la sensibilité est à fleur de peau. Et d'un autre côté ils possèdent cette facette irrésistible du vampire, avec ses pouvoirs hors du commun, sa froideur, son détachement, et son immortalité. Bref, j'adule. Par contre les deux derniers tomes sont des catastrophes, et dégagent une impression de surfait, de sauce rallongée pour cause de succès. Il ne faut absolument pas les lire sous peine de casser la magie des trois premiers volets. Ce sont des erreurs de parcours, et de l'argent jeté par la fenêtre. Ce détail mis à part, il est absolument indispensable de lire les autres.
"Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang aura la vie éternelle..." Ann Rice
Black Velvet, de Alain Dorémieux (1999)
Le livre à éviter. Il est, pour commencer, excessivement mal écrit, et on a presque pitié pour l'auteur lorsqu'on avance dans les pages. L'histoire est celle d'une jeune fille absolument folle et jolie qui découvre un jour dans la rue un embryon dans une sorte d'utérus transparent et rempli de liquide. Cet embryon va éclore et contient une sorte d'animal dont la jeune fille est absolument éprise et qui lui suce son sang. Pour parer à l'anémie qui la menace tout en continuant à nourrir sa chère bestiole, Anna (c'est le nom de la fille) va donc tuer tous ses amants de passage et les saigner. L'embryon n'est autre que le père incestueux ressuscité des morts par les cauchemars emplis de désirs d'Anna. Et tout est bien qui finit bien puisqu'elle pourra enfin vivre avec son père amant devenu gentil une fois qu'elle lui aura dit qu'elle l'aime. Pourquoi est-ce ignoble ? C'est bien simple, ce met en parallèle le présent de la jeune fille et son enfance durant laquelle son père la violait quotidiennement, le tout à grand renfort de détails révulsant (ce livre donne vraiment l'impression d'être un film pornographique). Exemple : Anna se mord les lèvres pour ne pas crier de plaisir lorsque son père la sodomise de force. A mes yeux, parler d'un quelconque plaisir dans ces cas là, décrire de telles scènes avec une telle délectation est une horreur à peine nommable, et seul un frustré au dernier degré peut prendre du plaisir à lire ce genre de choses. Quant à l'écrire...
"Elle s'obstine à ne pas ouvrir la bouche. Elle veut étouffer le moindre soupir de jouissance qu'elle pourrait pousser malgré elle, malgré sa répugnance. Son père la sodomise. Depuis qu'il est passé des caresses à l'acte, c'est ainsi qu'il entre en elle."Alain Dorémieux
La morte amoureuse, de Théophile Gautier (1836)
Une nouvelle écrite au XIXe, avant la parution de Dracula. C'est à mes yeux la plus belle histoire de vampire que j'ai lu, tellement le style de Gautier est un régal. Il s'agit d'un jeune prêtre qui le jour de son ordination reconnaît dans la jeune fille qui lui fait face l'amour qu'il a toujours cherché. S'ensuit pour lui une double vie, prêtre le jour et libertin la nuit, dans les quelles le lecteur finit par se perdre, et espérer pour le héros de rester la suite de sa vie auprès de sa Clarimonde, si belle et sensuelle. C'est l'une des premières histoires qui parle de vampire féminin, et elle résolument tournée vers le personnage du vampire séducteur irrésistiblement débordant d'érotisme. Tout dans cette nouvelle respire la légèreté et l'amour, et il est absolument recommandé de la lire.
"Oui, j'ai aimé comme personne au monde n'a aimé, d'un amour insensé et furieux, si violent que je suis étonné qu'il n'ait pas fait éclaté mon cœur. Ah ! quelles nuits ! quelles nuits..."T. Gautier
Le vampyre, de Polidori (1819)
Voici l'une des nouvelles qui a donné au vampire ses lettres de noblesse. C'est le cas de le dire puisque c'est par son entremise que le vampire sera campé presque définitivement dans l'esprit populaire par un aristocrate élégant et mauvais. L'histoire met en jeu Lord Ruthven et un jeune anglais. Ce dernier impressionné par le Lord va le suivre dans un voyage en Europe où il va découvrir que son ami n'est pas forcément très fréquentable, et faire un serment fatal. Cette nouvelle a un intérêt essentiellement historique car elle n'est pas exceptionnelle et ne doit son succès qu'au fait d'avoir été attribué à Byron. Pour les historiens qui ne la connaîtrait pas encore, voici la cause de cette erreur : Polidori était le médecin de Byron et il eut vent d'une histoire que le poète avait entreprit d'écrire après un pari avec des amis (pari dont le but était d'écrire une histoire fantastique et qui donna naissance aussi à Frankenstein de Mary Shelley) dont le sujet était un vampire. Il la reprit à son compte, la rédigea et la publia. Un éditeur malin l'attribua à Byron et le succès de la nouvelle fut ainsi acquis.
"Il régnait à présent, sur les traits charmants d'Ianthe, un calme admirable et presque aussi attachant que la vie qui jadis les animait; sur son cou et sa poitrine on voyait des traces de sang, et sa gorge portait les empreintes des dents cruelles qui avaient ouvert ses veines : les villageois qui avaient porté le corps, indiquant du doigt ces traces funestes, et comme frappés simultanément d'horreur, s'écrièrent : un vampire ! Un vampire !"J.W.Polidori
Les confessions de Dracula, de Fred Saberhagen (1975)
Un livre à brûler. Dracula y réapparaît à notre époque et vient expliquer le roman du même nom et ce qui s'est réellement passé dans cette histoire. Il y est gentil, charitable (par exemple il appelle les loups pour qu'ils récupèrent un enfant perdu dans la forêt et non pas pour dévorer la mère qui vient se plaindre du kidnapping de son bébé par le comte) et ne se nourrit pas de sang humain (le bébé aurait été halluciné par Harker et il ne s'agirait que d'un cochon...). Bref, j'hurle au scandale, et je condamne par contumas ce cher Fred Saberhagen à être empalé. C'est une horreur innommable de prendre un tel mythe et de se l'approprier pour le ridiculiser. Déjà reprendre le personnage de Dracula est une prétention énorme, voir un manque d'imagination flagrant, mais en plus se permettre un retour sur l'histoire du roman de façon si malhonnête... J'abhorre et déconseille absolument.
Quelques recueils d'histoires
Les cents ans de Dracula, chez Librio (1997)
Un recueil avec plein de bons textes (dont La morte amoureuse) et de moins bons (Le gardien du cimetière) mais qui présente l'énorme avantage de ne coûter que dix francs. Dans l'ordre : La fiancée de Corinthe (Goethe), Le vampyre (Polidori), La morte amoureuse (Gautier), Car la vie est dans le sang (Crawford), L'invité de Dracula (Stoker), Aylmer Vance et le Vampire (Askew), Le gardien du cimetière (Ray), La maison maudite (Lovecraft).
Dernières nouvelles de Dracula, chez Pocket (1997)
Paru à l'occasion du centenaire si médiatique de la parution de Dracula, ce recueil regroupe des nouvelles inédites de nombreux auteurs plus ou moins à la mode (Ann Rice, Dan Simmons...) écrites spécialement à cette occasion. Comme d'habitude il y en a d'excellentes, de moins bonnes, mais dans l'ensemble cela m'a beaucoup plu. Elles tournent toutes autour de Dracula qui y réapparaît sous de nombreuses formes. Le seul reproche est que ça tourne beaucoup autour du SIDA et du risque que courent les vampires à cet égard. C'est mon point de vue, mais ne sont-ils pas immortels et immunisé à ce genre de maladie ? Ils auraient disparu depuis bien longtemps sinon il me semble... Enfin, chacun fait ce qu'il veut. Bref, recommandé, il contient des merveilles d'ironie et d'horreur. Je ne les cite pas, ce serai trop long.
Vampires anthologie, chez Christian de Bartillat
Réalisée par Francis Lacassin cette anthologie est très complète et c'est elle qui m'a fait découvrir la plupart des "classiques" vampiriques. Dans la préface du livre de Clive Leatherdale, Jacques Finné la qualifie d'inutile, et je voudrai juste réagir car c'est grâce a son inutilité que j'ai appris beaucoup de choses. C'est vrai que pour quelqu'un maîtrisant parfaitement le sujet, elle ne sert pas à grand chose, mais il faut bien commencer quelque part et c'est à cette occasion qu'elle se révèle indispensable, du moins lorsqu'elle est sortie car il est vrai que l'on retrouve désormais beaucoup des textes qu'elle contient dans beaucoup d'autres recueils (phénomène de mode oblige). Enfin pour conclure je la conseille car elle rend accessible des textes de géants de la littérature (Dumas, Hoffmann...) sur le thème vampirique. Je ne les cite pas non plus car il y en 13 et ce serait long.
Conclusion
Voilà en gros mes maigres connaissances sur la littérature vampirique. Je n'ai parlé que des histoires qui m'ont particulièrement touchées (en bien ou mal) parce que sinon je n'aurai jamais fini. Les critiques que j'ai fait des livres n'engagent que moi et Dieu sait si je ne suis pas un grand critique. J'ai juste essayé d'être le plus sincère possible. Il y a aussi beaucoup d'autres livres que j'aimerai lire, notamment l'anthologie de Jean Marigny, mais ce sont des livres relativement anciens, et il est quasiment impossible de se les procurer. Si jamais vous savez comment faire, laissez-moi un message sur mon mail, je vous en serai extrêmement reconnaissant, ainsi que de toute critique constructive (pas c'est nul ou c'est bien, mais plutôt je trouve qu'il manque telles choses, ou alors je ne suis pas d'accord avec ça et voilà pourquoi, etc...) :
"Je dus déchirer la chair, au lieu de la percer; mais, la blessure ouverte, le sang coula, et, quand je fus soudé à son cou, que je commençais à boire... tout le reste disparu." Ann Rice
Sujets concernés par ce dossier : Fantasy, Littérature